Aïkido à Gérardmer

intitule

DU BUSHIDŌ À L'AÏKIDO

L'Aïkido est un Art Martial japonais. Créé durant la première moitié du XXe siècle par le Maître Morihei UESHIBA (1883-1969), l'Aïkido est un syncrétisme, entre l'évolution moderne des valeurs du BUSHIDO, le néo-confusianisme, le bouddhisme zen et le shintoïsme.

Dans son avant-propos de la traduction en français de dix chapitres importants du Budō Shoshin ShuLe Budō Shoshin Shu est un des premiers livres sur le Bushido, le code moral des Samouraï, écrit par un samouraï érudit, Daidōji Yûzan (1639 - 1730). Il fût probablement l'élève de Yamaga Soko., Taro BANZAÏ Senseï analyse brièvement l'évolution du Bushidō à travers les siècles.

De son origine à nos jours, le Bushidō a connu historiquement trois époques.

Le Bushidō guerrier commence avec l'avènement du Shogun Yoritomo à Kamakura en 1192 et se prolonge jusqu'en 1600. Cette période est caractérisée par des guerres intérieures. Le bushidō est un ensemble de directives de la discipline des guerriers, bravoure, fidélité et loyauté envers le suzerain, une vie sobre et intègre. Ces régles ne sont pas écrites, elles sont dispensées aux jeunes soldats sous forme de petites histoires ou d'adages qui doivent mener le guerrier vers un détachement des choses matériels et une parfaite sérénité devant la mort. Des guerriers parfaits prêts à donner leur vie pour leur suzerain.

À partir de 1603 le nouveau Shogūn Ieyasu Tokugawa instaure une période de paix. Les samouraïs sont démobilisés et se retrouvent agriculteurs, fonctionnaires ou ronins. S'ils continuent leur entraînement martial, ils ont aussi le loisir de s'initier à d'autres arts, la poésie, la musique, la calligraphie. Leurs valeurs sortent du cercle fermé de la classe des guerriers mais doivent être adaptées. Des érudits, également maîtres d'armes, confusianiste comme Yamaga SOKO Yamaga SOKO : 1622 - 1685. Ancien ronin de l'époque EDO, confusianiste, fin stratège et maître en science militaire il a codifié le Bushidō. Il eut de nombreux élèves samouraïs.ou bouddhiste comme le maître zen TAKUAN TAKUAN : 1573 - 1645. Commence des études de moine bouddhiste zen à l'âge de 10 ans, à 35 ans il est supérieur du Daitoku-ji à Kyoto. Son influence fut grande dans de nombreux aspects de la culture japonaise. Il fut le Maître d'armes du Shogūn TOKUGAWA Iemitsu et conseiller de l'Empereur GO-MIZUNOO. définissent et écrivent ce que doit être le comportement approprié et exemplaire d'un Gentilhomme en phase avec la société. Ces écrits, comme le Budō Shoshin Shu supposé daté du début du XVIIIe siècle sont adoptés comme lectures officielles dans certaines provinces. C'est à cette époque également que fut écrit le HAGAKURE (1716) gardé secret pendant un siècle et demi par le clan des Nabeshima.

Puis c'est la restauration de l'ère Meïji (1868), la dissolution des classes (1872) et l'interdiction du port des sabres (1876). L'Empereur retrouve sa nature divine et c'est Lui qui dès 1882 promulgue un Rescrit adressé aux Militaires et à la Marine où Il reprend les principes du Bushidō primitif :

  • Loyauté et fidélité envers l'Empereur ;
  • Honneur ;
  • Politesse ;
  • Bravoure et courage pour affronter les épreuves ;
  • Respecter les personnes et les choses, les traiter avec déférence, respecter le sacré ;
  • Droiture et sincérité qui permettent de prendre les décisions justes et raisonnables ;
  • Bienveillance et compassion ;
  • Modestie, humilité et sobriété afin de ne pas flatter l'ego.

Un deuxième Rescrit est proclamé en 1890 qui expose les bases de l'éducation nationale elles aussi fondées sur le Bushidō.

Le Bushidō n'est plus seulement le fondement éthique et moral d'une élite mais celui de la civilisation japonaise. C'est à cette époque que le jeune UESHIBA reçoit son éducation.

Pendant la guerre russo-japonaise (1904-05), Morihei UESHIBA se fera remarquer par sa force de caractère et sa puissance physique peu commune acquises lors de ses entraînements intensifs. Quinze ans plus tard (1921), accompagnant le Révérend DEGUCHi en Mandchourie, il fera preuve d'une redoutable intuition du danger et de qualités quasi-extrasensorielles qui sauveront la vie de ses camarades.

La guerre sino-japonaise (1931) et le conflit mondial de 1939-45 exacerbent la fidélité et la bravoure des soldats dont on connait les exploits, au détriment des autres valeurs. Le sacrifice pour l'Empereur et la Nation est l'honneur suprême, le Bushidō est devenu le vecteur du militarisme et du nationalisme. Lorsque le général Mac Arthur prend le commandement des forces d'occupation, il fait interdire ces pratiques qu'il juge féodales. Tous les arts martiaux sont officiellement interdits.

Pendant que le monde se déchire, Morihei UESHIBA se retire à Iwama où il travaille la terre et poursuit sa méditation. Il construit un dōjō, les entraînements sont rudes. Fort de ses expérinces antérieures de la guerre, il a l'intuition que les pouvoirs qui lui sont conférés sont liés à l'harmonie qu'il entretient avec la Nature. Il prend conscience que l'Homme est partie intime de l'Univers. Le bokken, le shinken ne doivent pas servir à trancher l'ennemi mais à trancher l'EGO. Les vertus prônées par le Bushidō doivent mener à la "dissolution du MOI". Il fait ériger un temple shintō, l'Aïki-jinja, où sont vénérés les dieux tutélaires de ce qu'il appelle à présent l'Aïkido.

En 1946 le dōjō de Tokyo prend officiellement le nom d'Aïkikaï, il est déclaré Ecole d'Intérêt Public. La jeunesse, en plein désarroi à l'issue de la guerre, trouve auprès du Maître la substance nécessaire à la reconstruction d'une identité japonaise.